L’Association des Départements du Sénégal (ADS) a tenu, le 31 mars 2026 à l’Hôtel Terrou-Bi de Dakar, son premier Forum départemental sur le changement climatique. Cette rencontre a réuni des présidents et secrétaires généraux de départements membres de l’ADS, le Directeur des collectivités territoriales, un conseiller technique du Ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, ainsi que des experts et chercheurs spécialisés dans les questions environnementales.

Organisé autour du thème « Rôle des départements dans la résilience climatique territoriale dans le cadre de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050 », ce forum répond à une urgence désormais incontournable : positionner les départements comme acteurs stratégiques à part entière de la gouvernance climatique au Sénégal.

L’ADS a ainsi formellement inscrit la résilience climatique territoriale au cœur de son agenda institutionnel, dans la perspective de la mise en œuvre de l’Agenda Sénégal 2050.

M. Ahmed Youssouph Bengelloune a dressé un tableau préoccupant des mutations environnementales auxquelles font face les territoires sénégalais :

  • L’érosion côtière grignote chaque année les terres et habitations des départements littoraux ;
  • Les sécheresses s’intensifient et compromettent les activités agropastorales dans les zones continentales ;
  • Les inondations frappent avec une violence croissante les zones périurbaines et rurales ;
  • La désertification progresse et menace les équilibres agraires sur lesquels reposent les économies de nombreux territoires.

S’appuyant sur les compétences conférées aux départements par l’Acte III de la décentralisation en matière de planification territoriale et de développement socio-économique local, M. Benjelloun a défendu une pleine reconnaissance du rôle institutionnel des collectivités départementales dans la gouvernance climatique.

Par leur positionnement à l’interface entre l’État et les populations, les départements sont les mieux à même d’articuler les politiques nationales avec les réalités du terrain. C’est précisément dans cet espace d’interface, a-t-il soutenu, que se joue une grande partie de la bataille climatique.

Le département, l’échelle la plus pertinente pour une décentralisation climatique effective

Le président de l’ADS a formulé un plaidoyer clair à l’attention de l’État et des partenaires techniques et financiers, fondé sur trois conditions sine qua non d’une action départementale efficace :

  • Des transferts de compétences réels en matière environnementale ;
  • Des ressources financières adéquates et affectées à la résilience climatique territoriale ;
  • Une reconnaissance institutionnelle du rôle central des départements dans la gouvernance environnementale.

M. Idy Niang, conseiller technique à la Direction des Changements Climatiques, de la Transition Écologique et des Financements Verts, a mis en lumière le déficit d’expertise qui frappe les territoires sénégalais. Il a souligné que les collectivités locales manquent souvent des capacités techniques nécessaires pour concevoir et mettre en œuvre des politiques climatiques efficaces.

Il a insisté sur la nécessité de renforcer les institutions territoriales en termes de ressources humaines qualifiées, rappelant que des territoires forts requièrent des institutions solides : « Les territoires doivent se positionner et les départements doivent être plus forts au niveau de la mise en œuvre. »

Perspective de l’Acte 4 de la décentralisation

M. Arona Ba, Directeur des Collectivités territoriales, est intervenu pour souligner que ce forum s’inscrit dans la dynamique de consolidation de la décentralisation portée par les travaux en cours de l’Acte 4. Cette réforme en préparation ambitionne de renforcer la territorialisation des politiques publiques au Sénégal.

Il a indiqué que les réflexions issues du forum contribuent à poser les bases d’une gouvernance climatique territoriale plus intégrée, plus cohérente et plus efficace, en renforçant le cadre juridique et institutionnel et en développant les capacités techniques et d’ingénierie territoriale.

La cérémonie officielle d’ouverture a été suivie d’un panel sur le thème central ayant réuni les présidents des départements de Podor, de Ranérou Ferlo, de Vélingara, de Rufisque et de Bakel.

Les panélistes ont formulé des recommandations visant à assurer la résilience climatique des territoires. Ces recommandations s’articulent autour des axes suivants :

Gouvernance et cadre institutionnel

  • Reconnaitre le département comme cadre national de gouvernance climatique ;
  • Intégrer la dimension climatique dans les Plans Départementaux de Développement (PDD) ;
  • Contribuer activement au processus de l’Acte 4 de la décentralisation pour y inscrire les compétences climatiques des départements.

Financement et ressources

  • Plaider pour des transferts de ressources financières adéquates dédiés à la résilience climatique au niveau départemental ;
  • Améliorer l’accès des collectivités départementales aux financements verts nationaux et internationaux ;
  • Développer des mécanismes de financement décentralisés adaptés aux priorités climatiques des territoires.

Renforcement des capacités

  • Investir dans le renforcement des capacités techniques des services départementaux en matière de planification et d’ingénierie climatique ;
  • Développer des outils de diagnostic climatique territorial adaptés au contexte sénégalais

À l’issue des travaux, l’ADS s’est engagée à porter ce plaidoyer auprès de l’État sénégalais et de ses partenaires techniques et financiers, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Agenda Sénégal 2050. Le forum marque ainsi le début d’un processus structuré et durable, dont les conclusions ont vocation à alimenter les instances décisionnelles nationales et les négociations climatiques internationales.

Ce premier forum ouvre également la voie à une institutionnalisation de ce cadre de concertation, l’ADS envisageant de faire de cet événement un rendez-vous régulier permettant aux départements sénégalais de coordonner leurs actions climatiques et de mesurer les progrès accomplis.